L’Europe veut-elle encore d’une industrie sidérurgique souveraine ? Face à la déferlante des importations et aux coûts énergétiques étouffants, Bruxelles frappe fort et sort l’artillerie lourde pour sauver son acier et son aluminium. Une enquête sur l’aluminium, des quotas d’importation et un soutien massif à la décarbonation : la Commission européenne assume un virage protectionniste inédit.
Acier européen : Bruxelles lance son plan de sauvetage face à la crise

« L’Europe doit être un joueur de l’acier mondial, pas un terrain de jeu ! » Le ton est donné par Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne. Ce 19 mars 2025, Bruxelles a dévoilé une riposte musclée pour enrayer la chute d’un secteur stratégique.
L'acier au bord du précipice ?
L’acier et l’aluminium européens vacillent. Depuis une décennie, la production d’acier de l’UE a fondu à 7-8 % du total mondial. L’aluminium primaire ne représente plus que 3,8 %. Pire encore, la sidérurgie européenne voit ses capacités de production réduites de moitié depuis 2021, étranglée par des coûts énergétiques vertigineux et une concurrence internationale débridée.
Les importations, notamment chinoises, affluent, profitant d’un marché dérégulé et d’un différentiel de prix abyssal. L’Europe, prise en étau entre les mesures protectionnistes américaines prises par Donald Trump et la pression des producteurs low-cost, devait réagir sous peine d’assister à l’effondrement de l’un de ses piliers industriels.
Première réponse : une enquête inédite sur les importations d’aluminium, jugées responsables d’une « perte substantielle » de parts de marché. L’Europe envisage d’imposer des droits de douane supplémentaires et d’instaurer des quotas stricts, réduisant les volumes autorisés dès avril 2025.
Sur l’acier, la Commission veut accélérer la réduction des importations de 15 % et annonce un dispositif encore plus strict à l’horizon 2026. Ce durcissement vise à éviter que l’Europe ne devienne un « déversoir » des surplus mondiaux, comme cela s’est produit après la mise en place des taxes américaines.
Bruxelles va également serrer la vis aux importateurs rusés. Finies les pratiques consistant à faire transiter l’acier par un pays tiers ou à y apporter une modification pour contourner les taxes européennes. Une révision des règles d’origine garantira que l’acier vendu comme européen le soit réellement.
L’énergie, nerf de la guerre sidérurgique
Si la concurrence étrangère pèse, c’est avant tout le coût de l’énergie qui saigne la sidérurgie européenne. Pour l’aluminium, la facture énergétique représente jusqu’à 40 % du coût total de production, avec des pics à 80 % lors de la crise de 2022.
Bruxelles entend agir sur ce levier en facilitant la signature de contrats d’achat d’électricité à long terme (PPAs). Ces accords devraient permettre aux industriels d’obtenir une électricité verte et bon marché, une condition essentielle pour une production viable sur le sol européen.
De plus, la Commission prévoit un meilleur soutien aux projets de décarbonation. Les États membres bénéficieront d’un assouplissement des règles sur les aides d’État, facilitant l’investissement dans des technologies plus propres et plus compétitives.
Au-delà du sauvetage immédiat, Bruxelles veut transformer la sidérurgie en misant sur l’acier « propre ». Un label bas carbone sera créé pour favoriser la demande européenne et inciter à l’utilisation d’acier recyclé.
L’UE envisage même de rendre obligatoire l’incorporation d’un minimum d’acier recyclé dans certains secteurs, réduisant ainsi sa dépendance aux importations et aux fluctuations des matières premières. En parallèle, 150 millions d’euros seront injectés dans la Banque européenne de l’hydrogène pour accélérer l’industrialisation de l’acier décarboné.
« C’est la fin de la logique du tout-prix », tranche Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission européenne. L’Europe choisit d’encourager la production locale, quitte à rogner sur la compétitivité immédiate face aux géants chinois et indiens.