Bruno Retailleau est en conflit ouvert avec l’Algérie, et il pourrait le rester longtemps. En effet, une majorité de Français soutiennent son action.
Algérie : pourquoi les Français approuvent Bruno Retailleau

Un sondage récent révèle un soutien massif des Français à Bruno Retailleau dans son affrontement avec l’Algérie. Derrière ces chiffres, un enjeu de taille : le sort de l’accord franco-algérien de 1968, perçu par certains comme un vestige d’un passé révolu.
Bruno Retailleau en confrontation directe avec Alger
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, ne fait pas dans la demi-mesure. Après le refus catégorique d’Alger de reprendre une soixantaine de ses ressortissants sous le coup d’une expulsion, il a lancé une « riposte graduée ». Une posture qui lui vaut une large approbation dans l’opinion publique : 67 % des Français considèrent qu’il a raison d’instaurer un rapport de force avec l’Algérie, selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro, publié le 20 mars 2025.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 87 % des sympathisants du Rassemblement National (RN) et 83 % des électeurs des Républicains (LR) approuvent la fermeté du ministre. Même au sein d’une partie de la gauche, la question fait débat, bien que les sympathisants de La France Insoumise (LFI) restent majoritairement opposés (34 % de soutien seulement). Un rare moment d’unité nationale.
Cette dynamique de soutien s’appuie sur un sentiment grandissant dans la population : 65 % des Français estiment par ailleurs que Paris manque de courage face à Alger, d’après un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et Le Journal du Dimanche.
L’accord de 1968, au cœur de la polémique
Au-delà du bras de fer entre Bruno Retailleau et Alger, un autre débat sous-jacent mobilise l’opinion : l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cet accord, qui régit l’immigration algérienne en France, accorde des facilités spécifiques aux ressortissants algériens, bien supérieures à celles offertes aux autres nationalités. Carte de résidence de dix ans après un an de mariage avec un(e) Français(e), procédures de regroupement familial assouplies, accès facilité à l’emploi… autant de dispositions qui suscitent des critiques grandissantes.
Certains, comme Bruno Retailleau, estiment que cet accord constitue une « filière d’immigration à part entière » et doit être révisé voire abrogé. Une opinion largement partagée : 82 % des Français interrogés veulent voir cet accord modifié ou supprimé, selon Le Figaro.
Face à ces pressions, le gouvernement temporise. Le Premier ministre, François Bayrou, a annoncé qu’une évaluation serait menée, mais sans avancée concrète pour l’instant. Un immobilisme qui nourrit la frustration d’une partie de la population et renforce la popularité de Retailleau, perçu comme l’homme de la situation.
Un rapport de force aux répercussions diplomatiques
Si l’opinion publique française semble alignée derrière Bruno Retailleau, la position de l’Algérie est tout autre. Alger voit dans ces mesures une provocation et ne manque pas de le faire savoir. Le président Abdelmadjid Tebboune a dénoncé une « instrumentalisation politique » des relations franco-algériennes, tandis que des voix au sein du gouvernement algérien accusent Paris de vouloir « stigmatiser » les Algériens vivant en France.
Les tensions ne s’arrêtent pas là. En novembre dernier, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté en Algérie, une détention qui inquiète jusqu’au sommet de l’État français. Emmanuel Macron lui-même a exprimé son inquiétude quant à son état de santé.
Bruno Retailleau, l’homme de la rupture avec l'Algérie ?
En prenant la tête de cette offensive contre Alger, Bruno Retailleau s’impose comme une figure montante de la droite sécuritaire. Son discours de fermeté séduit une base électorale qui attend des actes concrets en matière de politique migratoire. En filigrane, c’est aussi la présidence des Républicains qui se joue. Retailleau se positionne comme un rival crédible face à Laurent Wauquiez et cherche à s’affirmer comme un homme d’action, loin des postures attentistes de certains de ses prédécesseurs.
Si le ministre parvient à transformer cette séquence politique en victoire électorale, son duel avec l’Algérie pourrait bien être le prélude à un affrontement plus large sur la place de la France dans le débat migratoire et diplomatique. Une certitude demeure : le soutien populaire est là, et Retailleau compte bien en tirer profit.