Chômage : ces statistiques qui gênent le gouvernement

D’un coup, les chiffres du chômage s’emballent, affichant une hausse spectaculaire en ce début 2025. Un désastre économique ? Pas exactement. Derrière cette explosion statistique se cache une réforme qui met brutalement fin à des années de bricolage comptable.

Adelaide Motte
Par Adélaïde Motte Publié le 26 mars 2025 à 14h46
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Chômage : ces statistiques qui gênent le gouvernement - © PolitiqueMatin

Depuis janvier 2025, le gouvernement français applique une réforme censée mieux refléter la réalité du marché du travail et du chômage. Résultat immédiat : une augmentation brutale du nombre de demandeurs d’emploi, avec un bond de 2 % en février, soit 69 000 nouveaux inscrits en catégorie A.

Le pari risqué de la transparence sur les chiffres du chômage

Depuis toujours, les statistiques du chômage ont été un outil politique. Chaque gouvernement en place s’est efforcé de les présenter sous leur meilleur jour, quitte à jouer sur les critères d’inscription pour minimiser l’ampleur réelle du problème.

Avec la réforme du plein emploi, l’exécutif a choisi de lever le voile sur ces pratiques en intégrant plusieurs catégories de personnes autrefois exclues des calculs officiels :

  • Les bénéficiaires du RSA, désormais automatiquement inscrits à France Travail.

  • Les jeunes en parcours d’insertion, qui n’étaient auparavant pas comptabilisés comme demandeurs d’emploi.

  • Les personnes en situation de handicap, systématiquement intégrées au suivi.

Ces changements expliquent en grande partie la hausse du chômage observée depuis janvier. La question n’est donc pas tant "Pourquoi y a-t-il plus de chômeurs ?" que "Pourquoi ces personnes étaient-elles invisibles jusqu’à présent ?"

Un retour de bâton politique

L’idée d’une "vérité statistique" pouvait sembler judicieuse sur le papier : montrer que les chiffres du chômage avaient été artificiellement contenus et que l’État s’engageait enfin à prendre en compte tous les exclus du système. Mais politiquement, l’effet est désastreux.

L’opposition se déchaîne, avec des partis adverses qui accusent le gouvernement d’avoir détourné l’attention pendant des années en manipulant les chiffres, avant de se retrouver aujourd’hui face aux conséquences de leur propre gestion. De leur côté, les électeurs se sentent trahis : la majorité avait basé sa communication sur un marché du travail "résilient". Or, avec des statistiques qui explosent du jour au lendemain, la confiance s’effrite.

Les syndicats, eux, dénoncent une supercherie : la CGT et la CFDT pointent une tentative du gouvernement de faire porter la responsabilité de la crise aux demandeurs d’emploi, en imposant de nouvelles obligations aux bénéficiaires du RSA sans leur offrir de véritables solutions. En somme, en voulant afficher une certaine transparence, le gouvernement a ouvert une boîte de Pandore.

Le grand écart entre discours et réalité

Depuis le début du quinquennat, l’exécutif s’efforce de marteler un message d’optimisme : malgré les crises, l’emploi tiendrait bon, le marché du travail resterait dynamique, et les réformes porteraient leurs fruits. Mais la mise en lumière des chiffres réels du chômage vient percuter ce récit en plein vol.

Pour minimiser l’impact de ces résultats, le ministre du Travail tente de relativiser la hausse en affirmant qu’elle résulte principalement d’ajustements administratifs, un argument recevable mais qui donne l’impression d’une tentative de diversion. L’exécutif cherche également à détourner l’attention en insistant sur le fait que, sans ces ajustements, les chiffres seraient restés stables. Or, cette rhétorique revient à reconnaître implicitement que les chiffres précédents étaient biaisés, une admission que le gouvernement préfère éviter. Enfin, pour rassurer l’opinion, l’État promet un renforcement des dispositifs d’accompagnement pour les nouveaux inscrits. Mais cette solution miracle implique des investissements considérables, alors que les finances publiques sont déjà sous tension.

Un risque électoral majeur

Là où cette crise du chômage devient réellement dangereuse pour l’exécutif, c’est qu’elle intervient à un moment politiquement explosif. Le chômage est l’un des sujets les plus sensibles en France. Si les électeurs pouvaient accepter des chiffres légèrement embellis dans le passé, ils n’accepteront pas que l’on les ait trompés sur l’ampleur du problème.

En laissant apparaître soudainement des dizaines de milliers de nouveaux chômeurs, le gouvernement envoie un message catastrophique : "On vous a menti pendant des années, voici la réalité." Loin de saluer cette clarification tardive, une partie de l’opinion pourrait se détourner massivement du pouvoir en place lors des prochaines échéances électorales.

Adelaide Motte

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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