Le 30 mars 2025, Donald Trump a une nouvelle fois fait réagir les médias en affirmant, lors d’un entretien accordé à NBC News, qu’il envisageait « des méthodes » pour rester à la tête des États-Unis au-delà de son second mandat, prévu pour s’achever début 2029. « Je ne plaisante pas », a-t-il martelé depuis Mar-a-Lago, son club privé en Floride. Interrogé sur sa capacité à assumer « le job le plus dur du pays », il a répondu, imperturbable : « J’aime travailler ».
Un troisième mandat pour Donald Trump ? Que dit la Constitution des États-Unis ?

Donald Trump freiné par la Constitution
Le 22e amendement de la Constitution des États-Unis est pourtant limpide : « Nul ne peut être élu à la présidence plus de deux fois ». Ratifié en 1951 après les quatre mandats de Franklin D. Roosevelt, ce texte fait office de digue institutionnelle contre toute velléité de pouvoir perpétuel. Et pour le contourner ? Il faudrait une révision constitutionnelle d’ampleur, nécessitant une majorité des deux tiers au Congrès et une ratification par les trois quarts des législatures des États. Autant dire une entreprise titanesque, d’autant que les républicains ne disposent pas des majorités requises à Washington, et que les démocrates dominent dans 18 des 50 États fédérés. Mais les partisans de Trump ne désarment pas.
Certains avancent une interprétation du texte qui interdirait uniquement d’être « élu » une troisième fois, sans exclure la possibilité de succéder à un président ayant démissionné. L’hypothèse ? Faire élire en 2028 un ticket Trump-Vance, puis voir le président fraîchement investi céder sa place à son colistier. Une manœuvre jugée irréaliste par les experts. Pour Derek Muller, professeur de droit électoral à Notre-Dame, le 12e amendement coupe court interrogé par AP News : « Une personne inéligible à la présidence est également inéligible à la vice-présidence ». Jeremy Paul, constitutionnaliste à l’Université Northeastern de Boston, tranche sur CBS News dans des propos repris par la BBC : « Il n’existe aucun argument juridique crédible pour qu’il puisse briguer un troisième mandat ».
Une offensive politique sous forme de démonstration de force
Pour Donald Trump, multiplier les déclarations fracassantes n’est pas un hasard. Il s’agit d’installer un climat, celui d’un leader inébranlable, indéboulonnable, réclamé par le peuple. « J’ai plus de gens que jamais qui me demandent un troisième mandat », a-t-il glissé à bord d’Air Force One, affirmant même, sans fondement, avoir « les meilleurs sondages de tous les républicains en cent ans ». Steve Bannon, fidèle soutien et stratège en chef de l’époque 2016, ne cache pas sa volonté de relancer Donald Trump en 2028. Lors de la Conservative Political Action Conference (CPAC), il s’est exclamé : « Nous voulons Trump en ’28 ! »
Certains électeurs y croient. À Green Bay, dans le Wisconsin, Kayla Thompson, ancienne assistante juridique de 30 ans, a résumé l’état d’esprit d’une frange du trumpisme : « L’Amérique a besoin de lui. Si ce n’est pas lui, on régresse ». Mais les critiques sont cinglantes. Le représentant démocrate Daniel Goldman, procureur en chef lors du premier impeachment de Donald Trump, dénonce « une nouvelle tentative claire de prendre le contrôle du gouvernement et de démanteler notre démocratie ». Il exhorte les républicains du Congrès à sortir de leur silence.
Vers une bataille institutionnelle inédite ?
Au-delà des effets d’annonce, la possibilité réelle pour Donald Trump d’obtenir un troisième mandat semble infime. Les obstacles sont à la fois juridiques, politiques et institutionnels. Le Congrès reste divisé, les États peu enclins à modifier la Constitution, et les tribunaux probablement peu réceptifs à des arguments de contournement.
Mais dans une Amérique fragmentée, où le poids symbolique dépasse parfois les balises légales, cette déclaration jette une ombre sur l’horizon démocratique. Donald Trump joue avec les limites sans nécessairement vouloir les franchir. Il s’agit moins d’une ambition réaliste que d’un message politique : la conquête du pouvoir ne s’arrête jamais.