Japon : une politicienne communiste menacée de mort pour avoir… parlé de règles

Quand un simple appel à la gratuité des protections hygiéniques dans les lieux publics par une jeune politicienne se transforme en scandale politique d’ampleur nationale, il n’est plus seulement question d’hygiène, mais bien de pouvoir, d’ordre établi et de résistances profondes.

Jade Blachier
Par Jade Blachier Publié le 3 avril 2025 à 18h57
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Le 27 mars 2025, Ayaka Yoshida, plus jeune politicienne élue communiste de la préfecture de Mie, publie un message anodin sur les réseaux sociaux. Elle y décrit une situation banale : l’absence de protections hygiéniques dans les toilettes d’un bâtiment public. Elle en tire une conclusion pragmatique, appelant à leur mise à disposition gratuite, à l’instar du papier toilette. Au Japon, c’est une déclaration qui a déclenché plus de 8 000 menaces de mort.

Une vague de menaces en réaction à une proposition sanitaire d'une politicienne

L’origine de l’affaire tient en une publication brève, postée sur le réseau X, dans laquelle Ayaka Yoshida relate une expérience personnelle. Elle y indique avoir été prise de court par l’arrivée de ses règles lors d’un passage à l’hôtel de ville de Tsu, et suggère que des protections hygiéniques devraient être mises à disposition dans les toilettes, comme le papier toilette. Peu après, elle est la cible de milliers de messages de haine.

Les autorités ont depuis confirmé qu’une part importante de ces messages provenaient d’un même expéditeur, ce qui n’a toutefois pas empêché leur diffusion massive. La politicienne a déposé plainte, et une enquête a été ouverte. La police japonaise a reconnu la gravité de l’affaire.

Mais ce n’est pas tant le contenu de la proposition qui a choqué, que le terrain sur lequel elle a été interprétée. Pour une partie de l’opinion, il s’agissait d’une demande concrète relevant de la santé publique ; pour d’autres, d’un signal idéologique dans un pays où certaines questions liées au genre restent sensibles.

Une politicienne, des réseaux, un pays sous tension

Ayaka Yoshida, 27 ans, n’est pas une figure nationale majeure, mais son profil interpelle. Élue jeune, engagée sur des thématiques sociales, elle incarne une nouvelle génération d’élus aux discours parfois en décalage avec les normes politiques établies. Ce qui aurait pu rester une discussion locale s’est transformé en débat national, amplifié par les réseaux sociaux.

Le Japon, pays de traditions fortes mais aussi de profondes mutations sociétales, se trouve confronté à un paradoxe : d’un côté, des infrastructures à la pointe, des politiques d’innovation technologique ; de l’autre, une gêne persistante autour des sujets liés au corps féminin et à l’égalité dans l’espace public. Ce décalage contribue à expliquer la virulence des réactions.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Plusieurs femmes politiques japonaises, toutes tendances confondues, ont déjà été la cible de campagnes de harcèlement en ligne pour avoir abordé des sujets similaires, comme l’éducation sexuelle ou l’accessibilité menstruelle.

Un débat plus large sur la gestion des protections hygiéniques

La proposition de Yoshida intervient dans un contexte international où la question des protections menstruelles gratuites gagne du terrain. En France, par exemple, des distributeurs gratuits ont été installés dans les lycées, universités et certaines administrations depuis 2021, à l’initiative des collectivités locales et avec un soutien variable de l’État.

En Écosse, cette gratuité est devenue une obligation légale. D’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande ou le Canada, expérimentent également des dispositifs dans les écoles ou les hôpitaux. Ces politiques s’appuient généralement sur des considérations de santé publique, de lutte contre la précarité menstruelle, mais aussi de normalisation des besoins liés aux cycles menstruels dans les espaces publics.

Au Japon, le sujet reste peu discuté dans les enceintes nationales. Il relève souvent de l’initiative locale, comme le montre le cas de Yoshida, qui n’a pas formulé une proposition législative, mais un vœu politique à l’échelle de sa préfecture. L’ampleur de la réaction pose donc question sur l’état du débat public et sur les lignes de fracture sociales et culturelles qu’il révèle.

La réaction politique et institutionnelle reste limitée

Si la police a ouvert une enquête, la réaction des institutions politiques nationales a été pour le moment timide. Aucune prise de position notable du gouvernement central ou des grandes formations politiques n’a été enregistrée dans les jours suivant les menaces. Ce silence contraste avec les réactions d’ONG locales ou de collectifs féministes, qui ont exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une tentative d’intimidation politique.

Cela interroge également la capacité du Japon à protéger ses élus face à la violence numérique, en particulier lorsque celle-ci prend pour cible des sujets sensibles mais légitimes. Plus largement, la question de la modération des discours politiques sur les plateformes numériques reste en suspens, malgré des alertes répétées.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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