Les textes d’application de la réforme des retraites de 2023 – qui a repoussé l’âge légal de départ de 62 à 64 ans – entrent progressivement en vigueur. L’un d’eux, qui sera appliqué dès le 1er avril 2025, prévoit de réduire les aménagements spécifiques de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) pour les demandeurs d’emploi seniors.
Réforme des retraites : changement de règle pour l’allocation de retour à l’emploi (ARE) pour les seniors

Les conditions d’indemnisation de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) pour les seniors changent, ce qui fait craindre le pire pour ces demandeurs d'emploi qui sont déjà en situation de vulnérabilité.
L'ARE pour les seniors se cale sur la réforme des retraites de 2023
La réforme de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) pour les demandeurs d'emploi seniors s'alignera, dès le 1er avril 2025, sur le report de l'âge de départ à la retraite légal issu de la réforme des retraites de 2023. En effet, le gouvernement a décidé de repousser de deux ans les seuils d’âge qui ouvraient droit à des conditions plus favorables pour les demandeurs d’emploi âgés.
Concrètement, cela signifie que les droits — durée d’indemnisation plus longue et calcul du montant de l’ARE sur une période d’activité élargie, accordés aux seniors — ne seront plus accessibles dès 53 ans, mais à partir de 55 ans. De fait, les 22,5 mois d’indemnisation maximale, qui étaient accessibles dès 53 ans, seront réservés aux 55 ans. Et les 27 mois, autrefois déclenchés à 55 ans, ne le seront plus qu’à partir de 57 ans. En conséquence, les demandeurs d'emploi âgés de 53 ou 54 ans basculeront automatiquement, dès le 1er avril 2025, dans le régime commun, avec une indemnisation limitée à 18 mois.
Un nouveau calcul moins favorable
Autre changement majeur : la méthode de calcul de l’ARE. Jusqu’à présent, les personnes âgées de 53 ans et plus pouvaient faire calculer leur ARE sur les 36 derniers mois de salaire, une disposition qui se voulait avantageuse pour celles et ceux ayant connu des hauts de carrière plus anciens. Ce seuil est désormais repoussé à 55 ans. Résultat : les 53-54 ans verront leur ARE calculée sur les 24 derniers mois uniquement, soit comme les autres allocataires plus jeunes. En conséquence, un grand nombre de seniors risquent de voir le montant de leur indemnisation réduit, en particulier ceux qui ont connu des ruptures de contrat ou des périodes d'activité ralenties avant la perte de leur emploi. Une réforme qui soulève des questions, tant il est reconnu que le retour à l’emploi des plus de 50 ans est difficile et que celui-ci est perçu comme un véritable parcours du combattant.
Toutefois, il est à noter qu'une mesure a été assouplie : la dégressivité de l’ARE. Actuellement, la dégressivité de l’ARE applique une réduction de 30 % du montant de l'ARE au bout de 7e mois pour les indemnités journalières supérieures à 92,12 euros. À compter du 1er avril 2025, l'exemption de dégressivité, qui était accordée à partir de 57 ans, sera appliquée dès 55 ans. Un aménagement positif, mais qui, là encore, exclut les demandeurs d'emploi seniors de 53 et 54 ans.
Une réforme qui fait fi des réalités du marché du travail
D'autre part, il est à noter que si les sites institutionnels, comme France Travail et celui du ministère du Travail, ont été mis à jour, il n'y a eu aucune campagne de communication publique sur cette réforme qui touche pourtant des travailleurs qui sont déjà en situation de vulnérabilité. Pour les demandeurs d’emploi âgés de 53 ou 54 ans - ou pour ceux qui approchent de cette tranche d’âge - ce changement de régime pour l'ARE s’annonce des plus brutaux, puisqu'il ne porte pas sur des petits détails, mais bien sur plusieurs mois d’indemnisation.
Le risque social que fait peser cette réforme de l'ARE est d’autant plus marqué qu'elle arrive dans un contexte tendu pour le marché du travail. En effet, le nombre de demandeurs d’emploi ne cesse d'augmenter malgré les discours optimistes de l'exécutif. Par conséquent, le durcissement des règles de l’ARE ne peut qu’aggraver la précarité des seniors. Ces derniers, confrontés à des difficultés de réinsertion professionnelle, à des ruptures de carrière ou à des contrats précaires, verront leurs droits réduits alors même que leur retour à l’emploi est incertain. Il ne s'agit donc ni plus ni moins d'une réforme technique qui - bien qu'elle soit justifiée par l'allongement des carrières issu de la réforme des retraites de 2023 - ignore totalement la réalité du marché du travail ainsi que les difficultés auxquelles ces travailleurs font face.