Les concertations sur les retraites initiées par François Bayrou devaient ouvrir une nouvelle ère de dialogue social. Elles se soldent par un fiasco.
Réforme des retraites : le conclave explose, Bayrou sous le feu des critiques

Entre une CGT qui claque la porte, une CFDT exaspérée, un patronat en retrait et des socialistes ulcérés, le Premier ministre se retrouve en première ligne d’un échec retentissant. Alors que le gouvernement martèle son refus d’un retour à la retraite à 62 ans, le champ politique s’embrase.
Un conclave qui vire à la crise politique
Lancé en janvier avec l’ambition de « pacifier » le débat sur les retraites, le conclave de François Bayrou a rapidement pris l’eau. Lundi 18 mars, le Premier ministre a annoncé qu’un retour à la retraite à 62 ans n’était pas envisageable, affirmant que « les règles du jeu ne changeraient pas ».
Cette déclaration a mis le feu aux poudres. Pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, c’était une ligne rouge : « Bayrou a trahi sa parole », a-t-elle dénoncé mercredi soir en annonçant le départ du syndicat des discussions. Le Medef, quant à lui, s’est contenté de constater un « enlisement » des discussions.
Mais au-delà des syndicats, c’est l’ensemble de la classe politique qui s’est emparée du sujet. François Bayrou pensait pouvoir ménager son alliance avec le Parti socialiste en rouvrant le débat sur les retraites ? Il a au contraire braqué ses alliés.
Le PS en colère : un « marché de dupes »
Le Parti socialiste, pourtant partenaire clé du gouvernement, ne digère pas la tournure des événements. L’un des éléments qui avaient poussé les socialistes à soutenir Bayrou était justement la possibilité de revenir sur la réforme des retraites de 2023, qui a repoussé l’âge légal à 64 ans.
Le 17 mars, François Bayrou a pourtant acté l’inflexibilité du gouvernement sur la question. Pour le PS, c’est une provocation. Olivier Faure, premier secrétaire du parti, a dénoncé un « marché de dupes » et évoqué la possibilité de retirer son soutien à la majorité.
Le patronat joue la montre, la CFDT cherche une porte de sortie
Face à l’implosion du conclave, les organisations patronales adoptent une position attentiste. L’U2P a annoncé son retrait pur et simple des négociations, dénonçant un dialogue « biaisé dès le départ ».
De son côté, la CFDT reste autour de la table mais pose des conditions. Marylise Léon, sa secrétaire générale, exige un nouveau cadre de négociation et une ouverture sur des sujets comme la pénibilité et l’emploi des seniors. « On a un gouvernement qui change les règles du jeu et un patronat qui ne fait aucune proposition », a-t-elle fustigé.
Une majorité fragilisée, des tensions à gauche
Le divorce entre François Bayrou et la gauche est-il consommé ? Le Parti socialiste avait conditionné son soutien au gouvernement à un assouplissement de la réforme des retraites. En refermant brutalement la porte à un retour à 62 ans, le Premier ministre risque de perdre ses derniers appuis.
Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas privé de commenter la situation : « Le conclave est fini, la mascarade est terminée ». À droite, Édouard Philippe a dénoncé une « discussion hors-sol » et appelé à assumer la réforme de 2023 sans concessions.
Face à ce chaos, François Bayrou tente de minimiser la crise. Il affirme que « les partenaires sociaux ont encore le temps de trouver un accord ». Mais avec un conclave vidé de sa substance et une majorité sur le point d’imploser, il y a fort à parier que l’histoire se termine autrement.
Le sujet des retraites avait sonné le glas pour Michel Barnier. Alors qu'il annonçait vouloir désindexer les retraites de l'inflation, c'est-à-dire empêcher que les pensions ne grimpent autant que l'inflation, faisant peser une lourde charge sur les actifs, une motion de censure contre lui avait été votée. François Bayrou, son successeur à Matignon, pourrait bien tomber lui aussi. En France, les retraites sont un sujet difficile à toucher. Pourtant, elles représentent le tiers du budget de l'Etat, et il est donc difficile de les ignorer.