Sous-marins : l’Australie trahie par les États-Unis

En 2021, l’Australie abandonnait brutalement un contrat signé avec la France pour 12 sous-marins à propulsion conventionnelle, préférant un accord avec les États-Unis et le Royaume-Uni dans le cadre du pacte AUKUS. Quatre ans plus tard, Canberra n’a toujours pas reçu le moindre sous-marin américain et se retrouve dans une impasse stratégique.

Adelaide Motte
Par Adélaïde Motte Publié le 13 mars 2025 à 10h24
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Sous-marins : l’Australie trahie par les États-Unis - © PolitiqueMatin

Le 12 mars 2025, l’Australie fait face à une réalité qu’elle préférait ignorer : malgré des dizaines de milliards dépensés, elle n’a toujours pas reçu le moindre sous-marin américain promis par l’accord AUKUS. Pire encore, les retards s’accumulent, les coûts explosent et Washington commence à douter de sa capacité à honorer ses engagements. Un coup dur pour Canberra, qui pourrait bien se retrouver sans sous-marins d’ici 2040, mettant en péril sa souveraineté maritime.

Un retournement de situation à hauts risques

L’histoire aurait pu être un succès. L’Australie, soucieuse de renforcer sa flotte sous-marine face à l’expansion chinoise, décide en 2016 de confier à Naval Group la construction de 12 sous-marins classiques de type Shortfin Barracuda, un contrat estimé à 56 milliards d’euros. Un projet ambitieux, mais qui assurait un transfert de technologies et une autonomie stratégique pour la Royal Australian Navy.

Mais en septembre 2021, sous la pression des États-Unis, le gouvernement australien décide de rompre brutalement le contrat avec la France, provoquant une crise diplomatique majeure. A la place, Canberra signe un nouvel accord avec Washington et Londres pour l’acquisition de huit sous-marins nucléaires d’attaque américains, dans un calendrier qui, sur le papier, semblait plus avantageux.

Quatre ans plus tard, aucun sous-marin américain n’a été livré et la facture a explosé.

Les raisons d’un fiasco américain

Plusieurs raisons expliquent ce retard catastrophique. Le programme AUKUS prévoyait la livraison de trois sous-marins de classe Virginia entre 2032 et 2038, suivis de cinq submersibles construits avec le Royaume-Uni. Seulement, les États-Unis peinent déjà à produire assez de sous-marins pour leur propre marine. Selon un rapport du Congrès américain, il faudrait doubler la cadence actuelle pour espérer livrer les appareils promis à Canberra, ce qui semble irréaliste.

Or, avec Donald Trump de retour à la Maison-Blanche, l'Amérique prime. L'engagement des États-Unis envers AUKUS pourrait donc être remis en cause s'il entrave les capacités de l'industrie américaine à fournir sa propre armée. Une hypothèse jugée crédible par Elbridge Colby, sous-secrétaire à la Défense, qui a reconnu que l’Australie pourrait ne jamais recevoir ces sous-marins.

Le contrat initial avec la France était estimé à 56 milliards d’euros. Aujourd’hui, l’Australie a déjà dépensé 3 milliards d’euros pour soutenir les infrastructures industrielles américaines… sans retour sur investissement. Pire encore, selon l’ancien Premier ministre australien Malcolm Turnbull, l’accord AUKUS pourrait coûter jusqu’à 368 milliards de dollars australiens (221 milliards d’euros), soit quatre fois plus que le contrat français.

L’Australie panique : un retour vers les sous-marins français ?

Face à cette situation absurde, les voix s’élèvent en Australie pour exiger un plan B. Peter Briggs, ancien président de l’Institut du sous-marin australien, a récemment plaidé pour un retour vers la France et l’acquisition de sous-marins Suffren.

Avantages du Suffren face aux sous-marins américains

CritèresSuffren (France)Virginia (USA)
CoûtInférieur à 3 milliards d’euros l’unitéPlus de 5 milliards d’euros l’unité
Équipage60 marins135 marins
Délais de livraisonProduction plus rapideRetards prévus jusqu’en 2040
InteropérabilitéCompatible avec OTANDépendant du contrôle américain

Malcolm Turnbull, ancien Premier ministre, a déclaré "Nous allons devoir envisager de défendre l’Australie seuls. L’accord AUKUS est une catastrophe." L'hypothèse d’un retour vers la France, qui paraissait inimaginable il y a encore un an, est aujourd’hui sérieusement envisagée.

Un échec stratégique humiliant pour Canberra

L’Australie pensait sécuriser une alliance renforcée avec les États-Unis, elle se retrouve aujourd’hui sans sous-marins, avec une facture qui explose et un avenir incertain. Si la diplomatie française parvient à tirer parti de ce revirement historique, Naval Group pourrait bien reprendre la main sur le contrat du siècle, avec une ironie savoureuse pour Paris.

L'affaire des sous-marins montre aussi que, si les Etats-Unis sont doués pour arracher des marchés aux autres pays par des pratiques politiques plutôt que commerciales, cette compétence ne présume en rien de leurs capacités industrielles. Reste à l'industrie française à être à la hauteur.

Adelaide Motte

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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1 commentaire on «Sous-marins : l’Australie trahie par les États-Unis»

  • Décadence annoncée de l’empire américain. Quand la confiance n’est plus là.
    Amis taiwanais : courage, car il va falloir serrer les dents.

    Répondre
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