Marine Le Pen inéligible : la rue comme dernier recours du RN

À la veille d’une mobilisation qui pourrait redéfinir son image, le Rassemblement National s’apprête à investir la rue parisienne en soutien à Marine Le Pen.

Adelaide Motte
Par Adélaïde Motte Publié le 4 avril 2025 à 18h45
Marine Le Pen
Marine Le Pen inéligible : la rue comme dernier recours du RN - © PolitiqueMatin

Une démonstration de force soigneusement calibrée par le Rassemblement National

Le Rassemblement National (RN) orchestre une manifestation à haute valeur symbolique ce dimanche 6 avril 2025, à 15 heures, place Vauban à Paris. Officiellement, il s’agit de « défendre la démocratie » et d’exiger le respect des droits politiques de Marine Le Pen. Autrement dit, de répliquer à une condamnation judiciaire qui a fragilisé l’édifice tout entier.

Condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, Marine Le Pen a vu son avenir présidentiel s’obscurcir brutalement dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Un jugement auquel elle a fait appel, et dont la cour d’appel s’est engagée à rendre sa décision avant l’été 2026.

La manifestation de soutien virera-t-elle au pugilat ?

Mais le RN ne veut pas se contenter des prétoires. Il investit désormais la rue, en se gardant bien d’en revendiquer l’hostilité. Jordan Bardella, président du parti, insiste : « C’est une mobilisation pour la démocratie et faire respecter nos droits », ajoutant qu’elle se déroulera « dans un esprit totalement pacifique ». Il répond ainsi aux inquiétudes alimentées par les sondages : une majorité de Français redoute des débordements, un sentiment renforcé par la référence assassine de Xavier Bertrand qui a dénoncé un risque de « mauvais remake du Capitole ».

Jordan Bardella a cependant fait remarquer qu'en France, les violences en marge des manifestations sont le plus souvent le fait de la gauche. En effet, nombreux sont les groupuscules d'extrême-gauche qui se donnent pour objectif d'affronter la police ou de se battre physiquement contre des militants de droite et d'extrême-droite. Un objectif qui, lorsqu'il est atteint, est fièrement revendiqué.

Sécurité, discipline et image : le triple verrou du RN face à un enjeu réputationnel

La logistique du rassemblement a été pensée jusqu’au moindre détail. Le parti a transmis des consignes strictes à ses militants pour éviter tout débordement : absence de drapeaux polémiques, aucun slogan « excessif », et un service d’ordre maison. Le RN veut éviter toute comparaison avec les manifestations violentes de la gauche radicale. Jordan Bardella ne cache pas sa stratégie de démarcation : « À chaque fois qu’il y a une manifestation, ça termine avec des policiers pris à partie, avec l’ultragauche et les ‘black blocs’ qui viennent pourrir l’intégralité des manifestations ».

Le message est clair : le RN se veut exemplaire pour soutenir Marine Le Pen. Un rassemblement discipliné, encadré, qui doit contraster avec ce que Jordan Bardella dénonce comme une « complaisance » envers les milices d’extrême gauche. L’objectif est double : redorer l’image du RN et protester sans provoquer.

L’inéligibilité de Marine Le Pen : un ressort judiciaire, pas une manœuvre politique ?

Ce que la droite extrême martèle comme une injustice, la gauche refuse d’en faire un étendard. Si La France insoumise (LFI) et les Écologistes appellent à un contre-rassemblement à 13 heures, place de la République, ils le font au nom de l’antifascisme, pas en défense de la justice. Le mot d’ordre : « Ne laissons pas l’extrême droite faire sa loi », a martelé LFI sur le réseau X.

Mais le Parti socialiste, lui, s’abstient. Nicolas Mayer-Rossignol, son premier secrétaire délégué, a tranché sans ambiguïté : « Cela donnerait l’impression que ce serait la gauche contre l’extrême droite. Ce n’est pas ça le sujet. […] Ce n’est pas un combat politicien ». Par cette prise de distance, le PS défend l’indépendance du judiciaire face aux récupérations partisanes.

La tenue d’un meeting parallèle de Renaissance, emmené par Gabriel Attal à Saint-Denis, témoigne aussi de cette crispation inédite. Le parti présidentiel espère y défendre, lui aussi, « la démocratie et l’État de droit », réorientant un événement interne en signal politique fort face aux mobilisations concurrentes.

Le RN joue gros : rassemblement ou instrumentalisation ?

La manifestation de ce dimanche cristallise plus que le sort individuel de Marine Le Pen. Pour le Rassemblement National, c’est un test grandeur nature : rassembler sans provoquer, mobiliser sans agresser, séduire sans diviser. En clair, se positionner en force tranquille, loin des caricatures extrémistes, sans pour autant renoncer à la radicalité de son propos.

Mais l’équilibre est précaire. Derrière les tracts « Sauvons la démocratie », c’est bien un bras de fer politique qui se joue. Et une tentative assumée de transformer une condamnation judiciaire en relai de mobilisation populaire. Si la mobilisation est massive et disciplinée, le RN aura marqué un point. Si elle déborde ou échoue à fédérer, il en sortira affaibli.

Adelaide Motte

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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